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« Du progrès, mais pas encore là où nous voulons être »

Retour avec le directeur de l’équipe de France d’aviron Antonio Maurogiovanni sur les résultats de l’équipe de France aux championnats du monde à Amsterdam.

Quel bilan tirez-vous de ces championnats du monde à Amsterdam ?

Globalement, le bilan est positif, même si les résultats sont légèrement en dessous de ce que nous espérions. Nous avons deux équipages en finale A, dont un médaillé, et quatre équipages qui nous auraient permis d’obtenir des quotas olympiques l’an prochain. C’est positif et c’est une base importante pour la prochaine étape du projet.

Pour autant, nous ne pouvons pas dire que nous sommes pleinement satisfaits. Notre projet est encore en construction et ces championnats du monde nous ont donné l’occasion de mesurer où nous en sommes aujourd’hui et de mieux comprendre ce que nous devons faire pour la suite.

Le niveau international semble également avoir évolué par rapport à l’année dernière.

Ces championnats du monde étaient clairement d’un niveau supérieur à ceux de l’an dernier. Nous avons vu plusieurs athlètes revenir à la compétition internationale après avoir pris du recul à la suite des Jeux olympiques de Paris 2024. Certains ont contribué aux médailles de pays comme les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Italie, les États-Unis ou la Roumanie.

Leur retour a renforcé ces nations par rapport à l’année dernière. Et nous nous attendons à ce que cet effet soit encore plus important la saison prochaine, avec de nouveaux médaillés olympiques susceptibles de revenir à la compétition, comme ce sera notamment le cas pour l’Irlande et la Nouvelle-Zélande.

La France ne dispose pas aujourd’hui de la même profondeur de médaillés olympiques susceptibles de revenir renforcer l’équipe. Nous devons donc construire notre performance avec les athlètes et les moyens dont nous disposons aujourd’hui.

Cela signifie qu’il faut travailler davantage, travailler mieux et, surtout, tirer pleinement les enseignements de ces championnats du monde. Nous devons affiner notre préparation et définir la stratégie la plus efficace possible pour la campagne de qualification olympique.

Le deux sans barreur féminin a confirmé sa médaille de l’an dernier. C’est évidemment l’un des grands motifs de satisfaction de ces championnats.

Le deux sans barreur féminin a réalisé une compétition exceptionnelle. Comme nous le savons tous, décrocher une médaille à ce niveau est extrêmement difficile ; confirmer une telle performance l’année suivante l’est encore davantage. Elles ont réussi à faire les deux. Bravo à elles et à toute l’équipe d’encadrement, et en particulier à Adrien Druenne, qui a réalisé un travail fantastique.

Il est maintenant important de donner à cet équipage tout le soutien dont il a besoin. Répéter une performance de niveau mondial année après année n’est jamais facile. Elles font pleinement partie du collectif du Centre national d’entraînement et bénéficient du soutien de l’ensemble du programme.

Autre résultat marquant : la qualification de Victor Marcelot en finale A du skiff masculin, une première depuis 1987 !

La qualification de Victor Marcelot en finale A du skiff masculin est également un signal fort de notre capacité à être compétitifs au plus haut niveau. Bravo à lui et à son entraîneur, Anthony Lalande.

À mes yeux, ces deux équipages sont ceux qui ont le mieux mis en application notre méthodologie d’entraînement et qui ont fait preuve de la plus grande solidité mentale au moment où cela comptait le plus. C’est une qualité indispensable pour performer au plus haut niveau.

Et concernant les autres équipages engagés ?

Le quatre sans barreur masculin, en raison d’une demi-finale malheureuse, n’a pas pu exprimer pleinement le potentiel qu’il avait montré pendant la préparation et lors des premières étapes de la saison, avec l’argent et le bronze décrochés lors des coupes du monde de Séville et Lucerne.

Le quatre de couple féminin et le deux de couple masculin ont eux aussi rencontré des difficultés importantes, avec notamment un changement tardif pour le quatre de couple et des perturbations lors du dernier stage de préparation pour les deux équipages. Malgré ces circonstances, les deux bateaux ont fait preuve de caractère, d’engagement et de professionnalisme et ont fait tout ce qui était possible dans des conditions difficiles.

Le deux de couple féminin a également rencontré des difficultés dans la dernière partie de la préparation et tout au long des championnats. Ce sont des difficultés que nous devons maintenant analyser et résoudre de manière durable.

Au final, quatre équipages terminent dans les places qui seront l’an prochain qualificatives pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Qu’est-ce que cela représente à ce stade du projet ?

Amsterdam nous apporte une vision beaucoup plus claire de notre équipe et de notre programme d’entraînement. Nous connaissons mieux nos athlètes. Nous avons une vision plus précise de leurs forces, de leurs axes de progression et de leur potentiel. Nous avons également une meilleure connaissance de nos équipes d’encadrement, médicales, de la performance et de la logistique, de leurs forces, de leur contribution au programme et des domaines dans lesquels nous devons encore progresser.

Comment ces enseignements vont-ils être utilisés dans la perspective de 2027 ?

Ces informations sont particulièrement importantes car 2027 sera l’année de la qualification olympique. Le niveau international devrait encore monter, avec davantage de médaillés des Jeux de Paris qui vont revenir à la compétition, mais aussi avec de jeunes athlètes U23 qui ont réalisé de très bonnes performances cette saison et qui vont progressivement renforcer les équipes seniors.

Dans les prochaines semaines, nous allons donc faire un bilan complet du programme et définir la stratégie qui donnera à l’aviron français les meilleures chances possibles de qualifier un maximum de bateaux pour Los Angeles 2028.

Est-ce que certaines performances étrangères peuvent également nous servir de référence ?

Oui, nous pouvons apprendre de ce qui se passe ailleurs dans le monde de l’aviron. Le deux sans barreur féminin roumain, par exemple, a enchaîné les séries, la demi-finale et la finale avant d’intégrer le huit barré féminin puis le huit barré mixte. Au total, ces deux rameuses ont remporté trois médailles d’or.

Cela montre l’importance de construire des athlètes et des équipages capables de performer régulièrement sur plusieurs tours, tout en répondant à une pression qui augmente au fil de la compétition.

C’est une direction importante pour l’avenir de l’aviron. Plus nous serons capables d’identifier et de comprendre rapidement les exigences de ce modèle, mieux nous serons préparés pour y répondre avec nos athlètes et notre programme.

Quel regard portez-vous sur la préparation de ces championnats du monde ?

La préparation n’a pas été évidente. La composition et la préparation de plusieurs équipages ont été affectées par différents facteurs extérieurs qui ont compliqué les choses. Malgré ces difficultés, nous avons aussi vu plusieurs très bonnes performances et des signes importants de progression.

Quel est votre sentiment aujourd’hui sur la trajectoire du projet ?

Nous avons progressé, mais nous ne sommes pas encore là où nous voulons être. Construire un projet olympique performant demande du temps, de la cohérence, de la continuité et beaucoup de travail. Notre priorité est maintenant de transformer l’expérience et les informations recueillies à Amsterdam en décisions claires et en actions concrètes.

Amsterdam nous a apporté des résultats, de l’expérience et, peut-être plus important encore, beaucoup d’informations. Nous avons maintenant la possibilité de nous appuyer sur ces enseignements pour prendre les bonnes décisions, renforcer le programme et poser les bases de la campagne de qualification olympique et de notre projet pour Los Angeles 2028.

L’objectif reste donc inchangé ?

Oui, notre objectif reste de qualifier entre cinq et six bateaux pour Los Angeles, avec l’ambition de décrocher une à deux médailles.

Pour terminer, je tiens à remercier la Fédération Française d’Aviron pour son soutien, ainsi que les athlètes, les entraîneurs, l’ensemble des équipes d’encadrement, les équipes médicales et de la performance, les clubs et les familles. Leur contribution est essentielle au développement de ce projet et aux progrès que nous voulons accomplir ensemble.