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Rentrée au CNE : rencontre avec Ashlee Rowe, une autre façon de regarder la performance

Arrivée au Centre national d’entraînement (CNE) après les Jeux de Paris 2024, la Néo-Zélandaise Ashlee Rowe apporte à l’équipe de France d’aviron son expérience d’athlète et de préparatrice physique. À l’heure de la rentrée, elle raconte une préparation qui se construit loin des échéances, dans le détail du quotidien et avec, déjà, Los Angeles 2028 en ligne de mire.

Au CNE, la reprise est progressive, elle ne se fait pas en un claquement de doigts. Les athlètes ont d’abord bénéficié de deux semaines à domicile, pour récupérer, s’entraîner à leur rythme et profiter de leurs proches. Puis vient le retour au collectif, avec une priorité simple : retrouver de bonnes habitudes avant de chercher la performance.

« Les premières semaines sont vraiment consacrées à la reconstruction de bonnes bases, à la mise en place de bonnes habitudes et au retour progressif à l’entraînement », explique Ashlee Rowe.

La préparatrice physique le sait : dans un sport où les volumes d’entraînement sont importants et les gestes extrêmement répétitifs, la performance se construit sur la durée. Avant d’augmenter progressivement le volume et l’intensité, il faut donc remettre les corps en mouvement et retrouver les repères.

Cette période de rentrée permet aussi de regarder dans le rétroviseur. Les petites difficultés rencontrées la saison précédente, les points à améliorer ou les habitudes à faire évoluer peuvent être identifiés avant que le nouveau cycle ne s’installe pleinement.

Une double culture de la performance

Si Ashlee Rowe porte aujourd’hui le regard de la préparatrice physique, elle parle aussi avec celui d’une ancienne athlète. Née en Nouvelle-Zélande et passée par le haut niveau avant de devenir entraîneure, elle revendique cette double expérience comme une véritable richesse.

« Mon expérience en tant qu’athlète en Nouvelle-Zélande et en tant qu’entraîneure m’a permis d’avoir une perspective vraiment solide et globale sur le sport et sur les exigences de la haute performance. »

Son rôle ne se limite donc pas à faire soulever des charges ou à construire des séances de musculation. Ashlee cherche à comprendre l’athlète dans son ensemble et à relier les différentes composantes de la performance : la préparation physique, la technique, la psychologie, mais aussi la vie quotidienne.

Car un athlète de haut niveau n’est pas uniquement un corps à entraîner.

« J’aime vraiment faire le lien entre tous les différents aspects. (…) Les athlètes ont des vies très complexes en dehors du sport et il faut essayer de gérer tout cela au mieux. »

Cette approche globale est au cœur de son travail au CNE. Son expérience d’athlète lui permet également de mieux appréhender les exigences du haut niveau : comprendre ce que représente la répétition des séances, la fatigue, les contraintes de la compétition, mais aussi les ajustements nécessaires pour continuer à progresser.

Une performance qui se construit à plusieurs

Au CNE, Ashlee travaille au quotidien au sein d’un staff d’environ dix personnes. Entraîneurs, direction de la haute performance, personnel médical, kinésithérapeutes et autres membres du staff travaillent autour d’un même objectif : permettre aux rameurs de performer dans les meilleures conditions.

Dans cette organisation, un mot revient sans cesse : la communication.

Ashlee échange régulièrement avec les entraîneurs et observe parfois les séances sur l’eau pour mieux comprendre les objectifs techniques recherchés.

« Je regarde aussi parfois les séances sur l’eau et je discute avec les entraîneurs de ce qu’ils essaient de faire techniquement. »

Ces échanges lui permettent ensuite d’adapter son travail en salle. Si un athlète rencontre une difficulté à atteindre une position technique, la préparation physique peut contribuer à lui donner les capacités nécessaires pour y parvenir.

Le travail avec les kinésithérapeutes est tout aussi étroit. La proximité quotidienne permet d’identifier rapidement les signaux de fatigue ou les tensions musculaires et, si nécessaire, d’adapter les séances.

« Comme le kiné et moi-même sommes présents la plupart des jours, nous pouvons discuter immédiatement et réagir très rapidement s’il faut modifier ou adapter un programme pour les séances suivantes. »

Une réactivité qui constitue, selon elle, l’une des forces du dispositif mis en place au CNE.

Prévenir plutôt que réparer

En aviron, la prévention des blessures occupe une place centrale. Les volumes d’entraînement sont importants et le geste, particulièrement répétitif.

« Les athlètes ont des tolérances différentes à la charge d’entraînement », souligne Ashlee.

La première étape consiste donc à apprendre à connaître chaque profil.

L’objectif est d’identifier les points de vigilance avant qu’ils ne deviennent des blessures. Les problématiques liées au dos et notamment aux lombaires font partie des risques connus de la discipline. Elles sont donc intégrées à la réflexion dès la construction du programme.

La prévention ne se résume toutefois pas à une série d’exercices spécifiques. Elle passe aussi par la gestion de la charge, la récupération et l’observation quotidienne des athlètes.

Là encore, le travail collectif prend tout son sens : le préparateur physique, l’entraîneur et le kinésithérapeute croisent leurs observations pour adapter le programme lorsque cela est nécessaire.

Los Angeles 2028, mais surtout demain

À deux ans des Jeux olympiques de Los Angeles, l’échéance pourrait sembler omniprésente. Pourtant, Ashlee refuse de travailler dans l’urgence d’un compte à rebours.

Pour elle, Los Angeles est avant tout un objectif à long terme. Ce qui compte aujourd’hui, c’est la séance du jour.

« Chaque jour, nous essayons d’aider les athlètes à réaliser au mieux la séance suivante, le prochain bloc d’entraînement ou la prochaine compétition. »

Une philosophie qui permet de construire progressivement la performance, sans chercher à atteindre trop tôt un pic de forme.

Le chemin vers Los Angeles se fera donc étape par étape. Les exigences fondamentales de l’aviron restent les mêmes, même si les conditions de compétition pourront être différentes. Et avant de penser aux Jeux, il faudra surtout obtenir la qualification olympique.

« Les Jeux olympiques constituent toujours une échéance. Mais je ne pense pas que le fait qu’ils soient dans deux ans change notre manière d’aborder l’entraînement ou notre état d’esprit. »

L’objectif est plutôt de faire de l’excellence une habitude quotidienne.

Apprendre de la saison passée pour mieux construire la suivante

La nouvelle saison sera notamment rythmée par les compétitions internationales et les Championnats du monde, qui constitueront le grand rendez-vous de l’année et une étape majeure dans la perspective de la qualification olympique.

Mais pour Ashlee, chaque compétition est aussi un outil d’évaluation. Les Coupes du monde et les autres rendez-vous internationaux permettront de mesurer les progrès réalisés et d’identifier les nouveaux axes de travail.

Car la progression ne consiste pas uniquement à faire davantage. Elle consiste aussi à apprendre.

« Nous devons identifier les domaines dans lesquels nous pouvons progresser, apprendre de ce qui a bien fonctionné et réfléchir à ce qui pourrait être amélioré. »

Une fois les axes d’amélioration identifiés, vient le temps de mettre en œuvre les solutions. Un travail qui concerne tout le monde, des athlètes au staff.

Construire, jour après jour

C’est peut-être finalement ce qui résume le mieux la philosophie d’Ashlee Rowe : ne pas attendre les grandes échéances pour penser à la performance.

Los Angeles 2028 est déjà dans le paysage, mais il reste encore des centaines de séances, de compétitions, de récupérations, d’ajustements et de discussions avant d’y arriver.

La performance olympique se prépare aujourd’hui, dans les détails du quotidien.

Et pour Ashlee, la mission est claire : accompagner les rameurs dans cette progression, comprendre leurs besoins, connecter les différents acteurs de la performance et continuer, collectivement, à apprendre.

« Des athlètes au staff, à tous les niveaux, nous devons continuer à apprendre et à progresser par rapport aux dernières années. »

Crédit photo : FFA – Julia Kowacic